Actualités · 8 octobre 2026 · Succession · Lecture : 6 min · Par l'équipe Vendez Votre Immo

Les héritiers ne sont pas d'accord : 4 façons de sortir de l'impasse

Maison de famille en pierre aux volets clairs, glycine sur la façade
Deviat (Charente). Photo : JLPC, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Trois héritiers, trois avis, et un repas de famille qui finit en réunion de crise. Respirez, il y a des solutions.

L'un veut vendre vite, l'autre veut garder la maison, le troisième trouve le prix trop bas. Les désaccords entre héritiers sont la première cause de blocage des successions immobilières. Il existe pourtant des solutions, de la plus douce à la plus ferme.

1. Objectiver la valeur

La plupart des désaccords portent sur le prix. Une estimation indépendante, appuyée sur les ventes réelles du secteur (base DVF) et sur l'état du bien, met tout le monde face aux mêmes chiffres. Elle désamorce beaucoup de tensions.

Pour que l'estimation soit acceptée, partagez les mêmes pièces avec chacun : diagnostics, taxe foncière, devis éventuels, photos récentes. Si un héritier doute, un second avis indépendant coûte moins cher qu'un an de blocage. Et la valeur retenue dans la déclaration de succession n'est pas forcément le prix auquel le bien se vendra aujourd'hui.

2. Mettre les scénarios sur la table

Vendre en l'état, diviser le bien, garder une partie, louer en attendant : chaque option a un coût, un délai et un résultat (voir aussi vendre ou diviser d'abord dans une succession). Les présenter clairement, chiffres à l'appui, aide chaque héritier à comprendre ce qu'il gagne ou perd dans chaque cas. Le notaire, ou un médiateur, peut animer cette discussion.

Pensez aussi aux comptes du quotidien. Les charges (taxe foncière, assurance, entretien) se partagent selon les droits de chacun. L'héritier qui occupe seul la maison doit en principe une indemnité à l'indivision (article 815-9 du Code civil). Mettre ces montants noir sur blanc évite qu'une rancœur ancienne ne se glisse dans la discussion sur le prix.

Personne ne peut bloquer indéfiniment.

3. Le rachat de parts

L'héritier qui veut garder le bien peut racheter les parts des autres, ou l'inverse. L'opération se fait chez le notaire et supporte un droit de partage de 2,5 %, calculé sur la valeur nette du bien partagé, pas seulement sur les parts rachetées. C'est souvent la solution qui concilie attachement familial et besoin de liquidités.

Exemple fictif, calculé selon ces règles. Trois enfants héritent à parts égales d'une maison estimée à 300 000 €. L'aînée veut la garder : elle verse à son frère et à sa sœur leur part (c'est la soulte).

Exemple chiffré : racheter les parts de son frère et de sa sœur

Soulte versée au frère100 000 €
Soulte versée à la sœur100 000 €
Droit de partage (2,5 % de 300 000 €)7 500 €
À payer, hors rémunération du notaire et frais207 500 €

Si elle emprunte pour payer la soulte, la banque demandera l'estimation et le projet d'acte : mieux vaut s'en occuper avant de promettre une date.

4. La règle des deux tiers, puis le partage judiciaire

Si le blocage persiste, les héritiers détenant au moins deux tiers des droits peuvent demander la vente (article 815-5-1 du Code civil, détaillé dans que faire quand un héritier refuse de vendre).

Cette voie n'est pas toujours ouverte. Elle est fermée si le bien est démembré, par exemple quand le conjoint survivant en a l'usufruit, ou si un héritier est absent ou hors d'état de manifester sa volonté.

Dans les autres cas, la procédure se déroule ainsi :

  1. Devant notaire, les héritiers majoritaires expriment leur intention de vendre.
  2. Dans le mois, le notaire la signifie aux autres, qui ont trois mois pour s'y opposer.
  3. En cas d'opposition ou de silence, le notaire dresse un procès-verbal.
  4. Le tribunal judiciaire peut autoriser la vente si elle ne porte pas une atteinte excessive aux droits des autres. La vente a alors lieu aux enchères.

La loi du 7 avril 2026 a ajouté deux outils. Le président du tribunal judiciaire peut désormais autoriser un héritier à signer seul la vente d'un bien indivis, quand l'urgence et l'intérêt commun le justifient (article 815-6 du Code civil). Et dans un partage judiciaire, le juge chargé du partage peut trancher les contestations et ordonner les ventes nécessaires.

En dernier recours, tout héritier peut en effet demander le partage judiciaire, après avoir montré qu'un partage amiable a été tenté. Il aboutit souvent à une vente aux enchères, au prix incertain. Ces procédures sont longues et coûteuses : elles servent surtout à rappeler que personne ne peut bloquer indéfiniment.

En attendant : organiser l'indivision

Une convention d'indivision, signée chez le notaire, organise la gestion du bien (charges, entretien, éventuelle location) pendant la recherche d'une solution. Elle évite que chaque décision devienne un conflit.

Les erreurs à éviter

Notre approche

Nous apportons un regard extérieur et chiffré sur le bien et ses possibilités. Le volet juridique reste celui du notaire ; notre rôle est d'aider la famille à décider sur des bases concrètes. Voir aussi notre page sur la vente d'un bien en succession.

Questions fréquentes

Un héritier peut-il bloquer la vente indéfiniment ?

Non : la règle des deux tiers (article 815-5-1 du Code civil), l'autorisation du juge et le partage judiciaire permettent de sortir du blocage.

Combien coûte le rachat des parts d'un héritier ?

En plus du prix des parts, un droit de partage de 2,5 % calculé sur la valeur nette du bien, et la rémunération du notaire.

L'héritier qui habite la maison doit-il payer quelque chose ?

En principe oui : celui qui jouit seul d'un bien indivis doit une indemnité d'occupation à l'indivision, sauf accord contraire (article 815-9 du Code civil).

Le conjoint survivant usufruitier peut-il empêcher la vente ?

Vendre la pleine propriété demande l'accord de l'usufruitier et des nus-propriétaires, et la règle des deux tiers ne s'applique pas à un bien démembré. Le dialogue reste donc indispensable.

Qu'a changé la loi du 7 avril 2026 ?

Elle permet au président du tribunal judiciaire d'autoriser un héritier à signer seul la vente d'un bien indivis, quand l'intérêt commun le justifie, et simplifie le partage judiciaire.

Votre bien ressemble à ce cas ?

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